Le marché des applications de m-Santé doit urgemment faire l’objet d’une régulation afin de garantir la sécurité des utilisateurs : sécurité des données, distinction entre applications « gadget » et applications médicales certifiées, obsolescence des applications…

Par Alexis Godard, COO d’Heliceum

Le marché de la santé mobile, un marché d’avenir… confronté à de nombreux freins !Heliceum_portrait_AlexisGodard

Tous les spécialistes s’accordent à l’anticiper : le marché de la m-Santé va exploser, tiré par les objets connectés et les applications mobiles. Entre la multiplication du nombre de références (telles Fitbit présentées au CES 2013) ou les annonces régulières du secteur tel le Healthbook par Apple, le développement de cet industrie est en marche !

Cependant il existe de nombreuses limites au développement de l’industrie de la m-Santé : des freins réglementaires, économiques, structurels et technologiques.

1/ Absence de règlementation 

  • La législation est pour l’instant embryonnaire ou encore inadaptée quant à la protection des données personnelles (malgré des décrets européens qui se heurtent aux spécificités nationales comme la CNIL en France par exemple).
  • Il existe également un manque de normes d’interopérabilité permettant le développement de solutions compatibles entre elles.
  • Enfin, il n’existe pas à l’heure actuelle d’organisme officiel d’accréditation des applications de m-Santé, et donc non plus de normes permettant de les catégoriser. Ainsi les utilisateurs se voient proposer des applications dont le contenu, l’usage et les recommandations ne sont pas toujours fiables, et qui sont donc potentiellement dangereuses pour la santé. Patients comme praticiens peinent à s’y retrouver parmi  toutes les offres disponibles.

2/ Incertitude sur les modèles économiques 

Le modèle existant le plus courant repose sur la facturation à l’acte. Pour la plupart des usages de la m-Santé, ce modèle n’est pas optimal car de nombreuses applications permettent justement d’inscrire dans la durée leur utilisation et un système du type abonnement serait plus indiqué.

Il faut donc trouver un nouveau modèle économique qui encourage les professionnels de la santé à développer le recours à la m-Santé. La non prise en charge par les systèmes d’assurance maladie des remboursements est un frein direct à l’usage de la m-Santé et a pour conséquence une certaine frilosité des investisseurs qui limite les capacités de développement des acteurs du secteur.

3/ Absence de normes technologiques 

La plupart des acteurs de ce nouveau secteur sont partis de leur savoir-faire existant et ont structuré leurs solutions technologiques sans concertation avec les autres acteurs.

Ce manque d’homogénéité des socles technologiques réduit la confiance des investisseurs et des médecins, ce qui conduit à une implication insuffisante de leur part en amont dans la conception des solutions de m-Santé, mais également dans les mesures d’accompagnement pour sensibiliser et former à leur usage.

4/ Absence d’organisation structurelle internationale pour une adoption généralisée 

Le manque de coordination entre les différents systèmes de santé internationaux et notamment européens accentue encore les carences décrites précédemment.

Quelles solutions proposer ?

1/ L’autorégulation et la création d’un label qualité m-Santé ?

Il existe aujourd’hui des initiatives isolées de classification et de tests des application de m-Santé, comme Dmdpost, qui recense et note les application sur la base du volontariat d’experts médicaux qui les évaluent, mais ces services ne sont pas soutenus même si de nouvelles plateformes vont bientôt faire leur apparition comme par exemple Medappcare, se présentant comme un kiosque des applications santé de qualité.

Ainsi la création d’un organisme officiel en charge des questions liées au secteur de la m-Santé, comme celle d’un label spécifique pourrait permettre de différencier les applications de bien‑être ludiques et des applications médicales. Dans le cadre de cette labélisation, le secteur de la m-Santé pourrait s’inspirer de ce qui a été réalisé en 2003 par le PEGI dans le Jeu Vidéo[1] : une initiative paneuropéenne visant les éditeurs à s’auto-soumettre à un questionnaire afin de rendre le marché plus lisible pour les consommateurs. Ce système, adopté par les distributeurs, est aujourd’hui décliné dans plus de 30 pays. La création d’un questionnaire spécifique, sous l’égide d’un organe officiel, soumis à la validation de professionnels de la santé permettrait de catégoriser le marché et les applications pour offrir une meilleure visibilité à ce marché d’avenir.

2/ La protection et le cryptage des données dans les applications

Aujourd’hui, « 7 utilisateurs sur 10 déclarent ne pas avoir installé d’application de m-Santé »[2]. Une des raisons les plus souvent invoquée pour justifier cette décision est le manque de transparence quant à l’utilisation et la sécurité des données. Il est donc impératif de mettre en place d’une législation claire et stricte commune concernant la gestion et la protection des données et des dossiers personnels médicaux.
 

3/ Interopérabilité et normes technologiques

Pour soutenir la démocratisation du marché de la m-Santé, il est nécessaire de mettre en place des normes technologiques communes pour permettre à l’ensemble des produits et systèmes existants ou futurs de fonctionner ensemble et ce sans restrictions.



[1] Pan European Game Information (PEGI) est un système d’évaluation européen des jeux vidéo fondé pour aider les consommateurs européens à s’informer sur chaque type de jeux vidéo à l’aide de différents logos exposés sur leur boîte d’origine (cible, violence). Ce système a été fondé par Interactive Software Federation of Europe (ISFE) et utilisé pour la première fois en avril 2003.

[2] Etude « A la recherche du ePatient » de LauMa Communication, Patient & Web, TNS Sofres et Doctissimo d’avril 2013

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